Son travail c'était de vivre.
Assis dans son fauteil aux plus belles heures de la journée, inondé par le soleil, il était face au mur et regardait en lui. Aucun mirroir ne le reflètait aussi bien que sa conscience. Tout était flou dans sa vision, et si précis que le simple élément apparaissait comme tel dans sa mémoire. Il n'était qu'un résidu, entier.
Jamais il ne prenait d'alcool, ç'eut été bien trop fort pour le faible qu'il était.
Il n'ignorait pas comme ceux qu'il aimait voir que sa nature était de vivre pour penser et non pas de vivre pour s'aimer.
Cette clé qu'il gardait volontairement et précieusement sur la table de bois sombre était la seule décoration de sa modeste demeure. A la vue de tous. Sa symbolique faisait qu'il aimait cet objet par dessus tout.
Il ne supportait pas une porte close. Et il souriait lorsque les autres se la claquait au nez.
L'objet métallique devait être doré mais ne réflètait à présent que les aléas de son temps :chaque serrure dans laquelle elle s'était glissée, de laquelle elle avait caressé les parois ternes pour en conserver une trace, minime. Soumise à la moiteur d'une peau, perdu au fond d'une poche, au fond d'un trou, retrouvée, pendue à une cordelette, sur un trousseau, dans la poche d'une chemise délavée, ou d'un complet neuf, dans le sac à main d'une femme mure et délaissée...Il imaginait.
Ce n'était peut'être pas la clé du bonheur mais elle y contribuait.
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